qui est outhis?

Qui est Outhis ?

Outhis c’est personne : Ulysse se nomme devant le Cyclope.

On se trouve là au milieu de l’Odyssée, une épopée ancienne à multiples épisodes. Un Cyclope, Polyphème, emprisonne Ulysse et ses compagnons dans sa grotte, et au rythme de son appétit, il les croque. Mais comme pour les connaître et les soumettre, il leur réclame une identité. Ulysse se nomme haut et fort : « Outis ! »

Le Cyclope ou Big Brother symbolise une société qui avale et emprisonne les hommes. Ulysse a rusé, il s’est caché d’un faux nom pour fuir. Il ne s’agit pas de nier son existence mais de la préserver face à une mécanique abusive de l’humanité. Cette mécanique donne et vole l’existence, elle emprisonne et donne du confort. Quand Ulysse s’est présenté « Je suis personne », il affirme une identité car nous ne sommes personnes. En même temps, il empêche le Cyclope de le retrouver quand il aura réussi à déjouer sa surveillance. Comment le Cyclope peut-il le retrouver ?

« Qui est le coupable ? » lui demande ses compagnons face à son infortune : Personne ! crie-t-il encore aujourd’hui dans les méandres de nos mémoires. Ulysse s’est échappé.

Notre société nous donne de l’être et par-là même nous annule. À quoi sert un nom ? Matricule social de l’anonymat. Donner mon nom à ce site n’assurera aucune identité, ne prêtera aucun être à ma personne. D’ailleurs qui suis-je hors de cet espace, Personne. Dans l’interstice de n’être rien, ni dans une société qui nous abuse de notre identité, ni dans ce lieu de ruse, c’est une façon de demeurer insaisissable et le Cyclope peut, sur les récifs du monde entier, crier notre nom, qui comprendra qui nous sommes ?

Il n’y a donc personne, derrière ce nom « Outhis », comme sans doute derrière tout visage, tout acte, tout être. L’ambiguïté est complète entre ce vide et l’impression d’avoir une existence. Mais cette absence fondamentale nous libère de la pesanteur de l’être qui est une prison aux murs invisibles et illusoires et qu’instaure la mécanique de la société. La société contrôle tout écart et institue la prison humaine de multiples façons. Le destin de l’homme est une prison car l’humanisation ou la civilisation de l’homme passe par cette nécessité. Et comment pourrait-il en être autrement puisque notre existence est vide et donc sans sens ?

Cette mécanique fonctionne par des conventions et s’articule sur un mensonge originel. Ne sommes-nous pas tous pris dans cette évidence et impression d’aller-de-soi d’être des hommes, de l’évidence de sa vie et sa nécessité, alors que notre vie n’est qu’une prise en charge d’un rôle acquis à travers nos enfances ? Cette crédulité, ce mensonge ou ce rôle ressemble à une amnésie : impression d’appartenir au monde allant de soi tout en ayant la sensation d’y être étranger. C’est dans le passé, celui de notre enfance, des autres, ou celui de l’histoire humaine que surgissent ces évidences. . On peut, cependant, se trouve en décalage avec ce passé, et nous voilà obligé de tendre des ponts, de créer des liens avec notre imagination, notre réflexion.

La condition des hommes est une mémoire vide que l’on remplit pour combler les trous entre de faux pleins. C’est donc enfin pour cela qu’on est libre, enfin pour cela aussi qu’on a besoin de l’art : échapper aux prisons et remplir les vides.

En cela, des zones de flou surgit la liberté… tant qu’à dire qu’elle se doit !